L’empathie en milieu professionnel

Je suis restée presque vingt ans dans une entreprise de jeux vidéos sans être une véritable joueuse, et mes collègues savaient pertinemment qu’en dehors du travail, les jeux vidéos ne faisaient pas partie de mes loisirs. Pourtant, j’ai pris énormément de plaisir à mon travail et ma contribution a toujours été bien appréciée. Au cours de mon parcours, j’ai souvent surpris mes interlocuteurs, car sans forcément avoir d’expérience personnelle sur un sujet, je parvenais malgré tout à une compréhension des attentes humaines, qui m’assurait d’apporter une contribution pertinente. Ce regard différent, et complémentaire, je le dois à l’une de mes plus grandes qualités, qui est également l’une de mes plus grandes difficultés : l’empathie.

Que cela soit au cours de mes études ou durant mon parcours professionnel, il me suffisait de m’entourer de personnes passionnées pour me sentir connectée à leurs préoccupations. L’empathie fournit une sorte de clé d’entrée universelle avec ce que ressentent les personnes qui m’entourent. Cela fonctionne un peu comme si j’étais en mesure de me connecter aux émotions des autres. C’est à la fois fascinant et grisant. A la sortie de « Vice Versa » j’ai été bluffée par la représentation amusante qu’a fait Pixar du fonctionnement des émotions. Une vision qui colle bien avec le ressenti que j’en ai, au travers de l’empathie.

Mais vous le savez peut-être, d’un point de vue psychologique, on ne peut pas choisir entre les « bonnes » et les « mauvaises » émotions. On ressent tout, ou bien, on ne ressent rien. L’empathie, vous l’avez compris, c’est le cas où l’on ressent TOUT. Pour un Manager, avoir quelqu’un d’empathique dans son équipe n’est pas toujours confortable. Car si cette personne relaie parfaitement les énergies positives d’une équipe lorsque tout va bien, elle peut aussi devenir le porte-parole des énergies plus sombres lorsque la situation se complique. De mon point de vue, la meilleure façon d’appréhender cette situation, en tant que Manager, est de voir ce type de profil comme des canaris. Ces oiseaux ultra-sensibles, étaient utilisés par les mineurs pour prévenir du danger, et anticiper les « coups de grisou ». Je pense que, de la même façon, l’empathie peut être utilisée comme un signal d’alarme, qui va permettre de voir venir les problèmes humains avant qu’ils n’éclatent vraiment. Pour la personne empathique elle-même ? C’est un enfer. Je me suis retrouvée dans des situations où je ressentais fortement la frustration des personnes engagées dans un projet, et je me suis vite sentie submergée par leurs émotions. Dans ces conditions, il n’a jamais été simple pour moi, de trouver les mots pour prévenir du problème, sans passer pour une chieuse. Car parler d’émotions dans le travail reste compliqué, et se faire le porte-parole des émotions des autres, semblent tout bonnement impensable.

Mais alors, que faire de cette empathie « signal d’alarme », si peu récompensée pour sa pertinence, en tant que salarié ? Ma solution a été d’aller l’offrir à ceux qui y voyaient de la valeur. Et c’est en me formant au métier de Coaching professionnel, que j’ai pu véritablement valoriser toutes les facettes de cette empathie. Car il se trouve qu’en Coaching, ce que viennent chercher les clients, c’est justement cette vision sans complaisance, et cette capacité à dénicher les angles morts. Et c’est là, que j’ai compris ce qui bloquait le plus souvent dans le milieu de l’entreprise. Cette différence de perception vient des attentes de l’interlocuteur. Le Manager en entreprise attends de vous que vous fassiez votre travail, et pas vous attiriez son attention sur un potentiel problème, surtout lorsqu’il ne vous a rien demandé ! La personne en demande de coaching est déjà en recherche de solutions, et elle sera donc plus en mesure d’apprécier toute information susceptible de la mettre sur une piste. Heureusement, il m’est tout de même arrivée de rencontrer des Managers enclins a écouter leurs collaborateurs, et sensibles à la dimension psychologique que comporte forcément le travail en équipe. Mais d’expérience, ce type de compréhension est rare, et malheureusement peu encouragé. Il reste donc encore un gros travail de sensibilisation à faire, sur les mérites de l’empathie, et sur la gestion des émotions au travail. J’espère que cet article, par sa simple existence, pourra y apporter son humble contribution.

Soirées pourries et matins radieux

Quand j’étais salariée, j’entendais souvent parlé de la « sécurité de l’emploi » et pendant longtemps, cette menace, déguisée en amie, m’a gardé captive du milieu de l’entreprise. Mais même si intellectuellement, je comprenais et profitais de cette sécurité, n’ayant jamais rien connu d’autre que le salariat, la perception de sa valeur restait abstraite. Et à partir du moment ou les sirènes de l’entrepreneuriat ont commencé à chantonner doucement à mes oreilles, elle n’a plus représenté un véritable obstacle au grand saut dans l’inconnu.

«  C’est souvent la perte des choses qui en enseigne la valeur. »

Arthur Schopenhauer

Vous le savez, je suis à mon compte depuis maintenant un an, et je peux aujourd’hui vous en parler plus « concrètement » car le fantôme de cette sécurité perdue, a pris l’habitude de me rendre une petite visite, le soir, lorsque je suis tranquillement dans mon lit, aux portes du sommeil.

Est-ce que j’avance dans la bonne direction ? Est-ce que je vais quelque part ? Est-ce que je suis sure de là où je veux aller ? Est-ce que je devrais écouter les conseils de telle personne ? Est-ce que j’ai raison de suivre mon intuition ?

La nuit est devenu le royaume de l’incertitude et des doutes. Toutes ces questions, sont celles que se posent la plupart des entrepreneurs de la Terre. Certainement celles que se posait le PDG de la boite dans laquelle je travaillais. À l’époque, je ne me rendais pas compte que mon contrat de travail avait reparti les taches entre nous : en gros, lui se faisait les cheveux blancs pour prendre des décisions, et moi, j’exécutais le fruit de ses angoisses. Une répartition plutôt à mon avantage, maintenant que j’y réfléchis à tête reposée, car ce sont ces questions qui me tiennent éveillée jusque tard dans la nuit. Et c’est avec une certaine nostalgie, que je me souviens de mes soirées, en tant que salariée, où je rentrais chez moi, fourbue de ma journée, avec comme seule préoccupation, celle de me « changer les idées ». Je me couchais, et je m’endormais confiante, parfois un peu blasée, et je ne me posais même pas la question de mon avenir, car j’avais le sentiment qu’il était déjà tracé. Ces soirées sans histoire n’avaient rien d’extraordinaire, mais dans les affres de certaines nuits blanches, il m’est sincèrement arrivé de les regretter. Mais tel un bon petit marin, perdu par le chant des sirènes, je brave la tempête. J’apprends à maintenir mon bateau à flots, grace à des litres de fleurs de Bach, des heures de méditation, de yoga, et surtout grâce à la foi, que tout cela n’est qu’un moment de panique, et que tout ira mieux, demain.

Et effectivement, le lendemain, la météo a changé et je suis réveillée par un soleil radieux. J’ouvre les yeux sur le pont de mon bateau avec une seule idée en tête : celle de me remettre à la barre et de voguer vers mes rêves. Car aux soirs de désespoirs de ma nouvelle vie d’entrepreneur, succèdent des matins qui chantent. Je ne me réveille plus avec cette envie de meurtre, dirigée contre tout objet strident, ou toute personne vivante, qui aurait la cruauté de vouloir me faire sortir de mon lit. À la lumière du matin, mes doutes se sont mués en espoir, en opportunités, en enthousiasme. Je sors de mon lit d’un pas léger. Je ne sais pas ce que cette journée va m’apporter, mais c’est justement ce qui la rend excitante. Il n’y a plus de TO DO list, faite par quelqu’un d’autre, en même temps, il n’y a plus d’excuse pour ne pas déployer mon plein potentiel. La journée qui s’annonce ne dépend plus que de moi et tout à coup, toutes ces incertitudes constituent la plus dynamisante des drogues ! Un tel revirement, avouez que c’est surprenant. Qu’est-ce qui m’est arrivé ? Suis-je en train de développer des troubles du comportement ? Non, je deviens juste entrepreneur. Je découvre la vie, avec ses hauts (très hauts !), et ses bas (très bas!) et je ne me suis jamais sentie aussi vivante que dans ces roulis inédits.

Est-ce que tout cela va aboutir sur un métier pérenne ? Est-ce que je vais parvenir à concrétiser mes rêves ?

Je ne le sais toujours pas. Mais je contribue, chaque jour, activement, à leur concrétisation. Et je me laisse bercer par cette sagesse populaire, ce slogan publicitaire plus éclairé et profond que bien des paraboles mystiques :

« 100% des gagnants ont tenté leur chance »

La française des jeux

Réconcilier personnel et professionnel

J’ai passé presque vingt ans en entreprise. Et pendant de longues années, je croyais avoir trouvé un bon équilibre entre mon travail et ma vie privée. Je dois reconnaître, qu’à l’époque, je ne me connaissais pas beaucoup, je n’avais aucune idée de ce que je voulais de la vie, et encore moins de la façon dont je souhaitais la faire évoluer. L’entreprise m’apportait une réponse toute faite à ces questions que je n’osais pas me poser. Le statut de salarié m’a offert ce cadre rassurant dans lequel tout était prédéfini. J’avais un rôle attribué, un code de conduite clairement établi, et des perspectives d’évolution, qui me permettaient de me sentir en sécurité. Pendant plus de dix ans, j’y ai trouvé un équilibre, dont je ne me doutais pas un instant qu’il était précaire.

En 2009, la vie m’obligeant à repartir de 0 dans mon parcours personnel, cet équilibre a été brutalement rompu. Car même si, à l’époque, j’ai tout fait pour que mes problèmes personnels n’interfèrent pas avec ma « bulle professionnelle », je me suis rendu compte à quel point la frontière entre les deux était illusoire. On nous répète qu’il est sain de ne pas mélanger le personnel et le professionnel, mais cette année d’épreuves m’a montré que cette injonction était non seulement culpabilisante, mais surtout déshumanisante. Car, qu’on le veuille ou non, vivre consiste, justement, à être affecté par les événements qui nous arrivent. Que ces événements prennent leur origine dans le cadre professionnel ou personnel, ne change rien à la force des émotions qu’ils génèrent. Et nous demander d’ériger un mur entre les deux, c’est nous demander de renoncer à notre humanité. Prendre conscience de cette réalité et l’accepter, a été pour moi le début du long chemin qui m’amène aujourd’hui à l’entrepreneuriat. Car quel plus beau projet que de concilier sa personnalité à son travail ?

« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

Confucius

En me retrouvant dans l’obligation de me réinventer dans ma vie personnelle, étonnamment, le cadre de ma vie professionnelle ne m’est plus apparut aussi épanouissant. Je me suis sentie comme ces adolescents qui prennent dix centimètres en un été. A la Rentrée, rien de ce qu’ils connaissaient n’est véritablement le même, car prendre dix centimètres brutalement, change complètement de perspective. Et c’est ce qu’il s’est passé pour moi. Certaines des situations qui auparavant m’étaient habituelles, sont devenues étrangement inconfortables. Les règles de fonctionnement que je trouvais si rassurantes, m’ont progressivement paru étouffantes. Les missions que l’on me donnait se sont vidées de leur sens. Ce processus ne s’est pas fait en un jour, mais il n’en a pas moins été irréversible. Et, année après année, une question simple est apparue dans mon esprit, et ne m’a plus quitté :

« Comment serait ma vie, si j’étais mon propre patron ? »

J’ai mis longtemps avant de tenter concrètement d’y apporter une réponse, car j’avais désormais conscience que cela engageait ma vie au sens large. Aujourd’hui, cela fait deux ans que je me suis formée au Coaching, et environ un an que j’ai quitté mon emploi pour me lancer dans l’Aventure, et je commence seulement à saisir l’ampleur du bouleversement identitaire que représente le fait de passer du salariat à l’entrepreneuriat.

Sans ligne de conduite édictée par une entreprise, l’entrepreneur est seul face à lui-même pour décider de sa posture, de la direction de son business, de sa relation client. Non seulement il n’existe plus de frontières claires entre personnel et professionnel, mais le personnel se retrouve au coeur du processus visant à créer un business qui ait du sens pour soi. Le seul outil de travail, qui ait vraiment de la valeur pour un travailleur indépendant, c’est lui-même. Il devient alors fondamental de se connaître, et l’expérience me montre, chaque jour, combien cela demande de prendre son temps. Et je dois reconnaitre que, pour quelqu’un d’habitué à être productif comme on l’apprend en entreprise, ce rythme est très frustrant. Depuis un an, j’ai expérimenté énormément de choses, et j’ai eu le sentiment de me découvrir sur bien des aspects. Savoir composer avec ses qualités, ses limites, ses convictions, ses doutes, c’est ce qui construit mon activité au quotidien. Le coeur du métier que je crée sur mesure, se révèle un peu chaque jour. La connaissance de soi, l’expérimentation, la réflexion, la digestion, constituent autant de facettes d’un processus organique lent, mais fascinant. Je découvre, de l’intérieur, comment la chenille devient papillon, et ce n’est pas sans une bonne dose de stress ! 😉 À ce stade, je sens bien qu’il est encore compliqué pour moi de présenter mon activité de manière simple. Et à la question :

« Qu’est ce que vous faites dans la vie ? »

J’aurais envie de répondre :

« Je fais de mon mieux. »

Et vous ? Comment vous positionnez vous par rapport à votre travail ? Est-ce que vous considérez ce que vous faites comme un part de votre identité ?